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Mode : Forox caaya

(Forokh thiaya) : Théorie facile autour d’une succulente coïncidence

Et si c’était plutôt « forok – caaya » ?

En interpellant un inconnu, il n’est pas rare, dans nos cultures, qu’on décrive la personne par son accoutrement ou par ce qu’elle porte :
– Eh borom ndox
– Eh, woowal ma borom xaftaan boobou

Donc pour interpeller ces vendeurs de viande, on les nommait par leur tenue, composée d’un petit boubou appelé « forok » et d’un « thiaya ».
Donc boroom « forok – thiaya »

Succulente coïncidence

Et, comme par hasard, leur caaya, tenue de travail, n’est jamais des plus propres, leur identification fit focus sur le “caaya” et son état peu hygiénique. Et on oublia le petit boubou
Le “caaya” sale devint « forox caaya ». Et comme la viande n’a, elle, rien perdu de sa succulence, on ajouta « neex bol »

bon appétit à l’ami @Diol, adepte de la fourchette édentée et du “koogu ñeex”


Autour de la chaussure Pël

Petit lexique Pël pour comprendre la suite :

– attendre : fAdde
– ce qui te va (ta pointure) : fOdde
– attends-moi : fadam
– c’est ma pointure : iné fotee’am
– la rencontre : fótti – pótti

On ne sait comment, mais la chaussure a fini par se dire “faɗo” au singulier et “paɗe” au pluriel.

ALORS QUE
– “faɗo” est, très certainement, un glissement de “fotee’am” et “potee’am” pour le pluriel. Qui finit par devenir “padam”.

Donc, la chaussure, en tant qu’objet, n’est pas nommée en Pël. Ce qui est nommée, c’est le fait que cet objet soit à la pointure. C’est comme si le walaf nommait la chaussure “jot nama”

Parce qu’il est difficile de trouver un lien entre “l’attente” (fadde) et les chaussures (pade).

Pour conclure, en attendant que les spécialistes sortent du bois, “padam njehen” (xaar ma ñu dem) est un glissement de “podee’am njehen” (ma sol yi ma jot, ñu dem) 😀


L’entreprenariat dans la filière “création de mode”.

#Fashion

La place encore importante du “fëgg jaay” (friperie), avec ses slogans fédérateurs comme “sëgg, siggi, sànt Yàlla” a été rappelée.

Une parenthèse de théories faciles a permis de rappeler que le Sénégal a toujours importé une grande partie de sa veture. Même s’il faut reconnaître le talent de prolongement de nos créateurs.

“Ñaw” (couture) ngir xeex ñaaw (laideur) ? 😁.

Notre vêture a une grande tradition liée à l’import ou à l’adaptation de modèles venus d’ailleurs

– Turki (turki njàareem) : de la Turquie

– Marinière est, à l’origine militaire, étroite et était une tenue de la marine nationale française. C’est Coco Chanel qui s’en serait nspiré pendant la 1ère guerre pour l’introduire dans la mode.

– Taille-basse, chemise, pantalon (par leur nom, on peut imaginer qu’ils sont aussi d’origine occidentale)

– Xaftaan (de kaftan) : d’origine perse (600 Av. JC) mais surement entré au Sénégal par le Maroc (16e siècle).

– Le “Caaya” est aussi d’origine perse. Son entrée au Sénégal par le Fouta fit surement qu’on l’assimila à une danse (le « ca» « ca » que chante Baba Maal quand il invite à la danse en disant « caa ! Caa ! Caa ! D’ailleurs on finit par faire de ce caaya la tenue par excellence pour danser)

– Assorti (mariage de couleurs, qui serait d’origine italienne)

– Ndokette (certainement d’origine Erythréenne ou Ethiopienne, royaume d’origine de la reine de Saba. À l’origine, c’est une forme de «pain ample et rond ».

– Dra (pour dire grand-boubou) est d’origine maure et est appelé «drâa». Les pël l’appelle « Wutte » (en comparaison avec le pagne souvent noué près du corps. “Wutte”, de wuttude : souffler. Le petit grand boubou maure est vu comme un près-du-corps dans lequel on a soufflé 😁

Même si donc le coton a été une ressource disponible, son exploitation locale a été tardive.
Ce qui fait que la vêture est une histoire assez récente chez nos peuples. Laye Mboup le chante d’ailleurs dans son œuvre « demb metina ».

Quand le pagne commença à se démocratiser mais qu’il n’y en avait pas assez, pour une tenue complète. La mode du “tënju” chez les femmes , du guimb chez les petits garçons, du sëmbëxël et autres tenues minimalistes comme le “faaru mbaam” qui serait d’origine sereer (enfin ils inventent quelques choses mes cousins 😂)


Inhumanités contemporaines

En interrogeant les humanités futures, l’artiste Abdoulaye Diallo choisit de se mettre sur une profonde interpellation de son utilité humaine, solidaire à un avenir universel qui nous incombe.

Parce qu’être attentif à soi, c’est aussi interroger le parcours de celles et ceux avec (ou contre) qui on fait peuple. l’autre aurait dit («fait monde »). C’est, toutes les aubes et tous les couchants, prendre conscience de ce que tous et toutes, avant soi, ont légué et qui nous a trouvé jusqu’à notre petite parcelle de réveil.
Alors, avec lucidité, l’artiste assume après avoir pris conscience ; nourri de ses histoires avec soi, avec les autres. Avec rien.
Tout prend alors sens. Aucun bruit, aucune voix, aucun mouvement, aucune parole, aucune maladresse ne devient banale. Parce que tout est conséquence ou cause de… Seule la longue solitude des vérités est inquiétante.
Et NOUS dans tout ça ? Et tout ce qui n’est pas NOUS ? Et tout ce qui aurait dû être NOUS et devenu, finalement, AUTRES ?
C’est là que l’artiste s’en prend à son époque. Avec intelligence. Mais surtout avec sincérité. Avec HUMANITE.
Prise ardue. Avec comme seul allié, le Temps.
Ce temps d’assumer. Ce temps qui atteste de la perdition de l’Homme (Coran 103. V.2) mais qui, surtout, offre généreusement le possible de l’action, de l’accomplissement de bonnes œuvres. Ce temps de s’enjoigner mutuellement la vérité. Ce temps de l’endurance.
Parce que, quand une humanité est en tourmente, il n’y a que par la finesse et l’attention de l’art que les affaissements humains sont évités. La sensibilité, les sensibilités, deviennent utiles parce que chargées de bonnes intentions. C’est autour de cet univers que le vivant se retrouve, convoqué dans les œuvres. Peu importe les formes. Parce que le vivant est le lieu de la non-forme. Il n’est qu’évocation, représentation, exposition incomplète de la permanence d’une complexité.
Une humanité pour demain ? Alors l’artiste interroge toutes nos inhumanités contemporaines : la parole destructrice, l’accaparement et le contrôle violent du corps de la femme, l’encombrement de nos êtres, l’enjambement des honneurs, les sous-entendus blessants, la générosité rapportée, l’indifférence à l’enfance, le mépris de la faune et de la flore, l’arrogance des interpellations…
Les inhumanités contemporaines ? C’est le dédain du temps long. Ce temps offert généreusement à l’autre et d’acquiescer avec sincérité à ce qu’il est. Le regard, même furtif, sur ce qu’il a, logera un malentendu, même muet. Ainsi naissent les distances, les classes.
Les inhumanités contemporaines ? Ce sont tous ses droits que s’abrogent abusivement une minorité pour tuer des envies légitimes, des ambitions sincères, des énergie naissantes, des droits légitimes. Jusqu’à quand ?
Les humanités de demain ? Ce sont des œuvres honnêtes. Des intentions qui transcendent les différences parce que nourries du seul viatique qui vaille : réduire les peurs, toutes les peurs, à leur plus simple expression.
L’art y aide. En couleur, en corps ou en musique. Nos cœurs n’ont besoin que d’une chose : A LOVE SUPREME. Connaissance, accomplissement et errance en prière (Coltrane).

©œuvre “A Love Supreme” de l’artiste


Sandjiry Niang au Musée Théodore Monod : il va s’en dire…

Je découvre un artiste avec un «sensible» qui m’était jusque là inconnu.

Une prise « qui veut dire » ; reprise au fil de ses dizaines de toiles exposant nos états de mobilité.

« De l’autre côté… », titre de l’exposition, fait miroir entre le «dedans» et le «néant». Pas entre «l’ici» et le «là-bas».
Des sens qu’on serait amené à chercher, on ne trouvera que les accidents, parfois violents de la mobilité qu’enfantent les ruptures sociales.
Le regard de Sandiry porte. Très loin en l’homme. Seul ou en communauté. Mais toujours en présence du monde. Nous ne pouvons, en aucune situation, être seul.
Qu’est-ce qui est si étranger à notre humanité et nous pousse à «sortir» ? Sortir de nous ? Sortir de notre tête ? S’extirper de nos foules ? Rompre avec notre animal de désir ?

A-corps.
Abîmes dans les transparentes eaux goulues d’enfances.
L’artiste fait motif : la visibilité du mouvement est contenue dans plusieurs raisons qu’il colorie au fil des toiles.
Avec « de l’autre côté.. », nous sommes dans l’emmêlement de déterminations et la fragilité de nos corps finalement reliés qu’au RIEN.

Et si l’ailleurs n’était fait que de désillusions ? d’une mobilité transparente de mélancolie ?

Très belle exposition présentée par Typic Art Galerie de Omar Diack qui, au besoin, nous rappelle l’éternité de notre effondrement si nous nous entêtons dans l’inhumanité.

Partout où l’homme ira, il se rencontrera et fera face à ses fantômes.
Seule le courage d’une affection commune nous sauvera.


Aïchatou Dieng : émancipation, liberté et responsabilité

Le côlon : états d’avant, états d’après.

Sanglante digestion Que rendons-nous, après que le corps a fini d’ingurgiter tous ces emprunts liquides, solides et immatériels ? Sensés ou abjects ? Quels espaces, en nos corps, sont affectés ? Enrichis ? Perturbés ? Détruits ? Agrandis ? Rétrécis ? Violentés ? Adoucis ?

Notre racine n’est jamais indifférente à tous ces « facts » qui nous interpellent, en brut ou en douceur. Aussi, consciemment ou inconsciemment, nous actons comme un rythme (utile?) d’un mouvement que nous ne pourrons démontrer qu’en marchant, qu’en « mangeant », qu’en mâchant. Pour, qu’au final, le côlon, dans son rôle principal d’élimination des déchets, tranche ! Citoyens, sujets ou indigènes !

Des protections, des immunités, des influences, des enfermements, des promotions, des sécrétions, le côlon décide. Le corps subit et se plie. Ceci est l’état primaire (d’avant?) des choses. A l’état d’après, le côlon, sous les tropiques, perd son chapeau mais garde ses pouvoirs. État colonial, violent et dé-structurant ; déracinant. Accepter l’ankylose corporelle et l’encroûte mentale, c’est céder. Renoncer au renouveau, à la renaissance et choisir l’inconfort du mépris, de l’inférieur.

Et pourtant… Il y’a une heure pour laquelle sonne chaque réveil.

Le souffle de vie y rythme toutes les convictions et ambitions. Parce le cœur bât pour chaque être ; sans distinction de race. C’est l’heure des « dé-liés », du re-nouveau.

Oumar Sall


Les portes de Bruce : Son temps de solitude.

Je m’apprêtais à quitter la galerie VEMA au bout d’une bonne heure de visite quand cette toile m’interpella : “et moi ? ”

Elle “portait” toutes les autres dans cet espace !
Face à cette sublime composition, je vis Bruce. Observation. Attention. La fragilité de son corps. Sa pudeur. Sa timidité. Le trop de centres violents qu’il arrive à refouler pour le seul bonheur de ses chers.

D’habitude, quand on ouvre une porte, c’est pour entrer ou sortir. Il y’a aussi ces portes entrebaillées, au bruit constant, gênant, torturées par le vent. Il n’est peut-être rien de tout cela ici. Il n’y a simplement pas de “portes” chez Bruce.

Ubbi say gët
Tëj sa gémmiñ
Ubbi say nopp
Ubbi sa xol
Ubbi sa xel
Ubbi sa kanam
Tëj sa lammiñ
Ubbi sa kër

Si “portes” il y’a, elles sont en nos cœurs et corps. Être en humanité, c’est être en attention, en vigilence, en sensibilité, pour qu’aucun frémissement ne nous echappe. Au risque de passer à côté de la générosité qui nous incombe.

Merci à Wagane Gueye, Commissaire de cette exposition, pour sa passion et sa constance. Son texte faisant un parallèle entre le travail de Bruce et l’esprit de #JoeOuakam est beau de justesse.


Jeannot Bruce : intégrité esthétique

A la sortie de Mbour, sur la route de Joal, l’artiste, dans sa grande cour, élève canards, moutons, chèvres et entretient une rare collection d’oiseaux, pigeons et lapins.

On se faufile entre les variétés d’arbres pour aller d’un atelier à un autre.

Le centre d’art du Tripano : re-liaison en humanité

Ici, tout s’interroge et se prolonge. Aucun élément de cette cour n’est là par accident. Aucune couleur étrangère.
Des habits sur le fil à linge attendant la pluie afin de se passer des détergents chimiques aux œuvres d’art utilisées pour clôturer un petit carré de salade (quand on sait que l’artiste ne vend pas à moins d’un million !), on sent une simplicité pensée et domptée. Rien n’ébranle Bruce. Absolument rien. De son travail, il parle peu ; mais s’épanche en bien sur celui de ses amis : Kan-Si, El Sy, Cheikh Diouf, Cooldiabang Mory , Fatou Kande SenghorMansour Ciss, etc. Le Tripano est comme un labo expérimental où des artistes viennent tenter des alchimies. Leurs œuvres trônent là, inachevées, en attendant un hypothétique repassage des géniteurs.

« Nos êtres sont en trouble »

Bruce est en douleur à la suite du drame du stade de Mbour. Une partie de nous, tombée dans une grande indifférence. La banalisation des ruptures violentes l’inquiète. Les rêves périmés servis à la jeunesse aussi. La légèreté de nos êtres, exposés à tout vent, lui impose une dé-structuration de ses rapports à ses propositions artistiques humaines. Il les fixe alors et les porte. Sur ces tôles, il les ouvre et les ferme. Entrebâillement sur le monde afin que l’humain re-trouve et re-porte son être aujourd’hui oublié.

Ps : “prends 2 oeuvres que tu veux” me dit-il au moment de se quitter !
Merci mon grand. J’en prendrai grand soin


Le vivre ensemble en milieu urbain : lexicologie de l’être par sa présence active dans le lieu

Il était une fois…

Au commencement de cette fois, il n’y avait presque personne, nul part.

Avec le temps, surgissent des espaces de vie, conséquence des migrations qu’a connue l’Humanité.

Les lieux d’habitation, à l’origine, étaient l’aboutissement de la règle primaire du vivre ensemble : la justice.

« Dëgg » : l’appui, la tour, l’équilibre (walaf)

« Goo nga » : l’inamovible, le seul, l’unique (Pël)

Comment cette justice se manifestait-elle ?

De deux sortes :

  • Le coupable reconnaît sa faute et change de quartier si c’est un délit primaire (tuxu : quand on faute, on s’asphyxie, « tux ». En changeant de quartier, on se dés-asphyxie, « tuxu »)
  • Et en cas de délit aggravé (comme le crime ou la trahison), la communauté t’oblige à l’exil. Et en partant, elle te donne une paire de vaches et un taureau. On partait seul ou en famille si on avait femme et enfants. « gaddu sa ay » dem. « gaddaay »

De la ville

Si les villes sont généralement le fruit des migrations, les peuples nomades ont aidé à les « faire ».

La ville, appelée « wuuró » (de nguurndam) en Pël, traduit « là où il fait bon vivre ». « Le lieu du repos ».

Quand il leur arrivait de se poser, chaque famille délimite son chez soi (Galle), qui viendrait peut-être du walaf “gàll” : parer, délimiter (par extension). Et dans cet espace délimité qui fait maison, on crée le lieu de l’intimité, suudu (se cacher).

Dans ce lieu où il fait bon vivre « wuuró », l’étranger (koɗo) se confond au résident (koddo).

Dans cet espace de vie, la règle essentielle était de s’éviter le sentiment de honte ; de l’éviter aux autres aussi.

  • Du walaf « rus » ou certainement « ruus » tel l’arbre qui perd ses feuilles, pour éviter de perdre la face
  • Ou « Gacce » : du Pël « accu », laisser. Liy tax ñëp baayi la

Qu’est-ce qui peut garantir ce vivre ensemble ?

  • D’abord chaque sujet de la ville doit être = le Pël dit « neddo », littéralement « celui ou celle qui est actif, qui est présent ».. L’expression walaf « ba la nga ni naam, ne fa » traduit bien cette lexicologie de l’être par sa présence active dans le lieu. Donc il faut d’abord être citoyen par l’activité
  • Ensuite, l’être ensemble se construit par la nature de l’interpellation entre les sujets :

L’interpellation des inconnu(e)s :

le Pël dit « kaari » (toi qui vient d’arriver) ou « diw » en walaf (qui serait surement un glissement du « diwngal » la charge » en Pël ; donc celui qui doit momentanément être pris en charge.

L’interpellation entre habitants :

Chez les Pël, on utilise « dendi » (pareil que le mot walaf « dind », être à côté.  « dindi » pour dire « voisin » mais aussi « cousin » ; ceci afin d’absorber tout ce qui peut obstruer la relation directe

Chez les walaf, on utilise, entre autres expression « mbokk » (le fameux « mboka » chez les gambiens). Celui ou celle avec qui on partage.

 

Vivre ensemble, on le voit, a toujours été, d’abord, une grande marque de générosité. Générosité dans ce qu’on a, mais surtout générosité dans sa relation à l’autre.. Le fameux « yééne » walaf ou « yeela » en Pël.

Des maximes célèbres de cette époque nous sont parvenues « yéene néeg la, borom ma ciy fanaan ».

Le « néeg » (chambre) comme intérieur, mais aussi le « néeg » comme la ville.

Ce « néeg » où nous dormons avec nous-même, avec ce que nous sommes, avec nos intentions, avec nos fragilités. Ce néeg comme ville où nous nous mouvons et partageons, parés de ce qui honore l’humain en nous, ce néeg, a une exigence : être beau

Si notre « néeg » est beau, nous serons heureux dans notre « chez moi ». Si notre ville est belle, nous nous aimerons, nous estimerons et y marcherons avec fierté et solidarité, ENSEMBLE.

Le Sénégal a été cela.

Qu’est-ce qui s’est passé entre ces moments d’intenses esthétiques sur nous, en nous et autour de nous et cet instant présent où le désir de la honte de l’autre est semé à tout vent ? Qu’est-ce qui a fait que nous ne détournons plus le regard pour ne pas voir la peur dans les yeux de nos protagonistes ?

L’enfance dans la ville

Une dernière obligation pour un meilleur vivre ensemble : le rapport à l’enfance.

“Xale, alalu Yàlla la”

Nous ne serons un peuple économique, un peuple politique que si la sincérité de notre statut de peuple croyant est avérée.

A quel moment avons-nous méprisé toute la splendeur, la beauté et l’espoir qui émanent de l’enfance ? De « xale » (xal : « braise ») = en référence à la splendeur de la braise incandescente, lumineuse, cet être de l’avenir a toujours été choyé pour être nommé « suka » en Pël (signifiant « rempli de vigueur et de savoir »). Baaba Maal dira d’ailleurs, dans son œuvre « suka naayo », « saa naayi ma, mi naayo » : (enfant, si tu tangues, je tombe »).

En âge adolescent, walaf et Pël font alliance pour trouver le nom le plus beau pour l’enfant : « ndaw » ; c’est ainsi que le Pël nomme le « paon ». Symbole de la beauté, du divin, de la bonne santé.

Nous voyons donc que le “vivre ensemble” repose sur un pilier essentiel qu’est le beau. La beauté dans le langage, la beauté dans nos relations, la beauté dans nos espaces de vie, la beauté dans nos allures, nos parures et nos coiffures.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Oumar Sall

Photo : Dian Diallo


Comment préserver l’identité sans tomber dans l’isolement et l’exclusion ?

La question de l’identité est fondamentalement liée au « droit à l’histoire ». Tant que le continent africain n’aura pas épuisé son rapport à son histoire, il vivra dans la honte de son présent. Ce qui fait que les représentations artistiques de toute sorte que nous faisons de ce présent là resteront sans âme ; parce que ne traduisant que des angoisses, des doutes de notre ego. C’est ce malaise par rapport à notre présent qui fait qu’on se désole à chaque fois que les autres ne s’intéressent pas à ce que nous leur proposons.

« Art africain » renvoie à deux notions importantes : l’appartenance et le territoire. Il est vrai que le continent « Afrique » est une infime partie du Tout monde. Il n’en demeure pas moins qu’aussi insignifiant qu’elle puisse être, cela le lie aux « autres », aussi lointains soient-ils. En ce sens, l’africanité d’une expression artistique est défendable. Cependant, il serait intéressant de s’interroger sur l’identification ; ce « paraître » qui permet de situer ce qu’il y a « d’africain » dans une œuvre ; qui permet de la situer, elle, dans le Tout monde. Et ce paraître, il est loin d’être un artifice, un costume de scène. Au contraire : il vit en l’œuvre et l’enrichit de ses rencontres, de sa mobilité ; d’où la difficulté de le saisir, de le fixer ; d’en faire une photo qui, de toute façon, n’est représentative que du moment où elle a été prise.

 

La rédaction


  
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